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Aménager ses bureaux : du bien-être à la performance

  • Photo du rédacteur: Léa Mesuré—Lecocq
    Léa Mesuré—Lecocq
  • 5 janv.
  • 6 min de lecture

Depuis le Covid-19, le monde du travail connaît une profonde mutation, avec une redéfinition des attentes. De nos jours, l’équilibre entre la vie professionnelle et la vie personnelle est une quête pour chacun, et il va de soi que de plus en plus d’employés souhaitent que leur lieu de travail soit fonctionnel et agréable. Pourtant, de nombreux espaces professionnels restent figés dans des modèles dépassés; bureaux impersonnels, murs blancs, open spaces bruyants, aménagements pensés avant tout selon des contraintes logistiques. Cette approche montre aujourd’hui ses limites. Les recherches en psychologie environnementale et en neurosciences démontrent que l’espace de travail n’est jamais neutre; il influence directement la manière dont les individus pensent, ressentent et travaillent.


Concevoir un bureau revient donc à concevoir un environnement cognitif. Et si l’aménagement devenait un levier stratégique alliant bien-être physique et mental et performance ?



1/ L’environnement influence directement nos performances de travail


Les recherches en psychologie environnementale et en neurosciences mettent en avant le fait que l’espace dans lequel nous travaillons, ainsi que ses caractéristiques, influencent notre concentration, notre efficacité, notre stress, notre engagement et notre humeur.


Le psychologue Craig Knight, spécialisé dans la psychologie des lieux de travail, et le professeur S. Alexander Haslam, connu pour ses travaux sur l’identité sociale, le leadership et les dynamiques de groupes, mettent en évidence un lien clair entre l’aménagement des espaces de travail et la performance des employés dans leur étude Cubicle, Sweet Cubicle. Les résultats montrent que les bureaux dits «enrichis», intégrant plantes, affiches et éléments personnels, sont jugés plus agréables et motivants que des bureaux vides et épurés. Ils augmentent les performances des employés d’environ 15 %, sans hausse des erreurs. À l’inverse, les bureaux strictement fonctionnels sont perçus comme froids, impersonnels et difficiles à investir psychologiquement.


Toutefois, les deux chercheurs soulignent que l’élément le plus déterminant n’est pas la décoration en elle-même, mais le sentiment de contrôle. Lorsque les employés ont la possibilité de participer à l’organisation et à la personnalisation de leur espace, leur productivité et leur sentiment de bien-être augmentent fortement. À l’inverse, lorsque leurs choix sont retirés ou niés, les performances chutent, tout comme l’engagement et la satisfaction. Le fait de se sentir « dépossédé » de son environnement génère frustration, colère latente et désengagement, avec des répercussions directes sur l’humeur et l’efficacité.




2/ La biophilie : une réponse neuroscientifique au stress professionnel


La biophilie est l’attirance innée de l’être humain pour les éléments naturels et le vivant. Des études menées ces dernières années sur le sujet montrent que cette connexion à la nature a des effets mesurables sur le cerveau.


Les travaux de Jie Yin, chercheuse en neurosciences environnementales associée à Harvard, montrent notamment que l’exposition à des environnements naturels entraîne une diminution du cortisol, une réduction de l’activité du système nerveux lié au stress et une amélioration de l’attention et de la récupération cognitive. Les éléments naturels, plus que de simples éléments de confort esthétique, participent pleinement à la régulation émotionnelle et à la diminution de la fatigue mentale.





3/ Prévenir l’épuisement par un design fondé sur le cerveau


Le burn-out ne résulte pas uniquement d’une charge de travail excessive. Il est souvent lié à une accumulation de micro-stress cognitifs : bruit constant, impossibilité de se concentrer, manque de contrôle, postures contraignantes, absence de récupération mentale.


Pour Ann Hoffman, directrice des stratégies workplace chez FCA, le burn-out prend racine dans le cerveau. Elle défend une approche de l’aménagement fondée sur les neurosciences, où chaque choix participe à la préservation des capacités cognitives des employés. Un environnement bien conçu permet de réduire les micro-stress répétés (bruit, distractions visuelles, postures contraignantes, absence de contrôle) qui, cumulés, mènent à la fatigue chronique et au désengagement. Dans cette vision, l’espace de travail devient un outil de prévention autant qu’un outil de production.



4/ Concevoir des espaces adaptés aux usages réels


Le cerveau humain n’est pas sollicité de la même manière selon les tâches. Un bureau performant est ainsi aménagé en plusieurs espaces distincts, permettant à chacun d’adapter son environnement à son activité du moment. Avant toute transformation, un travail d’analyse est indispensable. Comprendre ce qui fonctionne, ce qui dysfonctionne et ce qui manque réellement permet d’éviter des aménagements décoratifs déconnectés des usages. Le dialogue avec les utilisateurs est une condition essentielle de réussite.



5/ Couleurs, matériaux et textures : des choix aux effets mesurables


Les couleurs nous influencent directement en impactant notre état émotionnel et cognitif. Leur perception varie en fonction des cultures et des environnements.


Les teintes vives, comme le rouge ou l’orange, stimulent l’adrénaline, créent des lieux dynamiques et favorisent les échanges informels. Néanmoins, elles accroissent la fatigue visuelle lorsqu’elles sont présentes en trop grande quantité. À l’inverse, le bleu et le vert contribuent à la diminution du stress et favorisent une meilleure concentration. Le jaune stimule la dopamine et la prise de décision rapide, tandis que les tons neutres comme le gris et le beige apportent un sentiment de stabilité et d’apaisement lorsqu’ils sont bien dosés.


Les matériaux jouent également un rôle important dans l’aménagement des bureaux. Des études neuroscientifiques et psychophysiologiques récentes montrent que les matériaux utilisés dans un espace de travail influencent directement la charge cognitive, la perception du stress et la capacité de concentration. Les travaux de David Fell (University of British Columbia, Wood and Human Health, 2010) ont notamment démontré que la présence de surfaces en bois dans des environnements intérieurs entraîne une baisse de l’activation du système nerveux sympathique, associée au stress, ainsi qu’une diminution de la fréquence cardiaque lors de tâches cognitives. Ces résultats ont été consolidés par la revue scientifique de Burnard et Kutnar (Wood and Human Stress Response, Building and Environment, 2015), qui montre que les matériaux naturels comme le bois et la pierre réduisent la fatigue mentale et améliorent l’état émotionnel par rapport à des matériaux synthétiques perçus comme « froids ».


Plus récemment, une étude neuroscientifique menée par Neurensics pour Fedustria (2025), utilisant des mesures implicites d’activité cérébrale et de réponse émotionnelle, confirme que le bois et les matériaux organiques activent des zones cérébrales associées à la sécurité, au confort et à l’engagement, tout en réduisant les signaux de surcharge cognitive. À l’inverse, des matériaux perçus comme inertes ou très techniques (béton brut, métal omniprésent) peuvent renforcer un mode de traitement analytique et de vigilance élevée, utile ponctuellement, mais générateur de stress et de fatigue sensorielle lorsqu’il devient dominant.


Ces travaux confirment que le choix des matériaux ne relève pas d’un parti pris esthétique, mais constitue un paramètre neuro-environnemental influençant directement la performance durable et le bien-être au travail.




6/ L’acoustique, facteur invisible mais déterminant


Les nuisances sonores constituent l’un des premiers freins à la concentration en milieu professionnel. Plusieurs études en psychologie environnementale montrent que le bruit ambiant agit comme un stresseur permanent, fragmentant l’attention et augmentant la charge mentale.


Les travaux de Banbury et Berry (Journal of Applied Psychology, 2005) ont notamment démontré que les interruptions sonores, même de faible intensité, altèrent significativement la mémoire de travail et les performances sur des tâches complexes. Ils constatent un temps moyen de 2 à 3 minutes nécessaire pour retrouver un niveau de concentration optimal après chaque interruption.


Plus récemment, les études menées par le programme Pro-Isophony (2025) sur les open spaces européens indiquent qu’une mauvaise qualité acoustique peut entraîner une baisse de productivité allant jusqu’à 20 %, et que près de 60 % des employés identifient le bruit comme le principal frein à leur capacité de concentration. Au-delà de la performance immédiate, le bruit chronique renforce le risque d’épuisement à long terme.


Ainsi, une conception acoustique adaptée aux usages permet de réduire significativement la charge cognitive. Des études en santé au travail montrent qu’une réduction du bruit ambiant de 10 dB peut entraîner une diminution d’environ 15 % de l’absentéisme lié au stress, confirmant que l’acoustique n’est pas un simple enjeu de confort, mais un levier stratégique de performance durable et de bien-être.



7/ Ergonomie et santé : un investissement durable


L’ergonomie des postes de travail joue un rôle déterminant dans la santé physique, la charge mentale et la performance des collaborateurs. Les études montrent que les troubles musculo-squelettiques liés à une posture inadaptée constituent l’une des principales causes d’arrêts maladie en milieu tertiaire, avec des effets directs sur la concentration, l’humeur et l’engagement.


Une étude publiée par Texas A&M University dans IISE Transactions (2023) démontre que l’usage de bureaux réglables en hauteur, favorisant l’alternance assis-debout, permet une augmentation moyenne de la productivité de 6,5 %, tout en réduisant la fatigue lombaire grâce à une meilleure circulation et une posture plus dynamique.


Ces résultats sont corroborés par les données de Preventica / International Ergonomics Association (2024), qui indiquent que des chaises ajustables et des postes ergonomiques complets réduisent l’incidence des TMS de 30 à 50 %. Sur le plan organisationnel, les études menées par Liantis (Belgique, 2023) montrent qu’un investissement ciblé dans l’ergonomie permet de réduire l’absentéisme maladie de 12 à 18 %. L’ergonomie apparaît ainsi non comme une amélioration marginale du confort, mais comme un levier structurel de performance durable, combinant santé, efficacité et réduction des coûts liés aux arrêts de travail.



Le design des espaces de travail ne se limite ni à l’esthétique ni au confort perçu. Il agit directement sur le cerveau, les émotions et les comportements. Lorsqu’il est pensé de manière globale et fondé sur des données scientifiques, il devient un levier stratégique puissant, capable d’améliorer le bien-être, l’engagement et la performance, sans nécessairement augmenter les budgets ou multiplier les outils.Concevoir des bureaux aujourd’hui, c’est avant tout concevoir des environnements adaptés aux humains qui les occupent.


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